4.13.2011

Si vous ne deviez en lire qu'un seul cette année...

Ce serait celui-là :


C'est un roman qui vous fera frémir, et pourtant ce n'est pas une histoire d'horreur. Qui vous fera pleurer alors que ce n'est pas un drame. C'est une (en)quète et le cheminement d'un homme qui un jour se pose cette question primordiale : "que vais-je donner à manger à mon fils ?".

Parce que Jonathan Safran Foer, avec sa philosophie et son talent habituels (son premier roman, Tout est illuminé, l'a immédiatement propulsé au rang de mes auteurs contemporains préférés), répond à tout ce que vous (n') avez (jamais) voulu savoir sur l'origine de l'aliment au centre de nos régimes alimentaires modernes : la viande et les produits animaux.

Sans jamais tomber dans l'extrémisme (lui-même avoue aimer la viande et ne pas toujours avoir été végétarien), l'auteur donne la parole à une multitude de points de vue et d'histoires, de l'ouvrier d'usine d'élevage industriel de poulets (il n'y a pas vraiment de meilleure traduction à l'expression anglaise "factory farm") à l'éleveur de dindes génétiquement intactes et traitées dans les meilleures conditions ; de l'omnivore sélectif qui choisit de ne manger que des produits animaux issus d'une agriculture respectueuse des animaux et de l'environnement, aux activistes végétaliens de la PETA ; de la famille de Foer réunie autour d'un dîner de Thanksgiving végétarien, à sa grand-mère mono-recette pourtant sacrée Meilleure cuisinière du monde par ses petits-enfants. Il donne la parole à ces personnes-là, mais il donne aussi des faits, des documents, des chiffres issus d'études sérieuses (trois années de recherches, de rencontres et de visites en douce de batteries de poulets pour réunir le matériel de ce livre) - et les faits sont glaçants. Loin des films documentaires coup de poing façon Supersize Me et Food Inc., le ton reste pacifique, bien que lucide, s'adresse à nos hypocrisies et au petit doigt derrière lequel on se cache en commandant un filet de saumon au restaurant ou une cuisse de poulet à 2,30€ à la cantine, et encourage à songer sérieusement à ce qui nous rend plus - ou moins - humains dans l'acte hautement personnel et social qu'est manger.

Pour moi qui me suis toujours posé la question de ce que serait la base de mon alimentation depuis que je suis en âge d'acheter et de cuisiner seule ma nourriture, la lecture de ce livre a été une évidence. Pas une évidence plaisante, non. Mais je préfère savoir, et me poser la question, plutôt que de me dire, on verra plus tard... Quelle que soit votre opinion - lisez-le. Si au sortir de ce livre, vous n'avez pas envie de le partager avec toutes les personnes auxquelles vous tenez, voire de changer le monde, eh bien, n'hésitez pas à me dire pourquoi.

Lire l'interview de Jonathan Safran Foer (Inrocks 18/01/11)

En anglais : Eating Animals

En français : Faut-il manger les animaux ?, Ed. de l'Olivier, Paris, France (22€)

3 comments:

  1. Tu résumes très bien les livres dis donc!
    Moi je suis nulle pour faire ça!

    Concernant ce bouquin, en l'occurence je fais partie de ceux qui reculent le moment de le lire parce qu'ils ont peur de ce qu'ils vont y trouver.

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  2. @ Eve G : merci, je trouve que c'est impossible de résumer un bouquin et j'ai toujours le trac au moment de le faire... J'espère que tu trouveras le courage^^ de lire ce livre à l'occasion !

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  3. Je viens de lire un article ( http://www.gmx.net/themen/essen-geniessen/aktuell/327keco-die-groessten-vegetarier-irrtuemer - désolée, c'est en allemand... ) qui, je pense, tient des propos assez semblables puisque l'auteur cite justement Jonathan Safran Foer.

    Et tout cela rejoint l'avis que j'ai développé au fil du temps :)
    A savoir que le problème n'est pas de manger de la viande (ni de tuer les animaux parce que c'est crueeeel! - désolée, mais aux ayatollah du végétarisme qui ressortent invariablement ce seul et unique argument, la chaîne alimentaire fait partie de la Nature et du cycle de la vie), mais bien les conditions dans lesquelles les animaux sont élévés ainsi que la consommation qu'on en fait.

    Perso, je ne sais bien que je ne fais pas tout parfait dans ce domaine (ce midi, j'ai accompagné mes collègues à la cantine... je n'allais quand même pas sortir mon Tupperware pour éviter la vilaine viande pas bio! ^_^'), mais:
    - je suis devenue au fil des années très peu "viandarde" (ou, comme cité dans l'article que j'ai lu, "less-meatarian" ^_^)
    - je m'essaie aux variantes végétariennes (tofu, bratling végétariens, etc.), qui en plus sont généralement vendues dans la gamme bio: et c'est plutôt bon! :)
    - j'essaie d'acheter autant que possible (=selon le prix et l'offre!) du bio: oeufs, jambons, fruits, produits laitiers,
    ou, pour les poissons et fruits de mer, des produits issus d'une pêche respectueuse.

    Tout cela sont des gouttes d'eau dans l'océan, mais si soi-même, on ne commence pas, comment les choses pourraient-elles changer?

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